le patois de Folles

Ginette Bouyer nous fait partager ses souvenirs du patois parlé à Folles :

 

Le patois de Folles n’est pas de l’occitan même si il en est très proche, c’est un dialecte du Haut Limousin et un peu de la Marche, nous sommes limitrophe avec la Creuse.
Pour parler du blé on dit souvent  “froment” et le seigle du blé.

 

Je trouve que certains mots sont proches de l’espagnol  :

en patois : un couladour  ; en espagnol : un colador  (passoire),

una nora ; en espagnol : una nora (une bru)
sarcir ; en espagnol :zurcir ‘repriser.
gulha : en espagnol : agujas (aiguille).

 

 Les prénoms féminins étaient toujours précédés, en style familier, de l’article défini “La”, ex :
 La  Marie, La Pauline, La Catherine...

 Pour les femmes mariées on continuait à les appeler par leur patronyme :

 Pezeau : La Pézelle
 Pichon : La Pichoune
 Pignier : La Pignière
 Bouyer : La Bouyère
 Navarre : La Navarde
 Passeret : La passerette
 Meunier : La Monière

 

Prononciation

le “a” final ne se prononce pas

le “o” se prononce  “ou”.
le as : se prononce “â”.
le “es” se prononce souvent “ai”.
le “u” se prononce. souvent “Δ  de même que “ion”.
le “ih”  se prononce “ye”.
le “nh” se prononce “gn” .
le “ch” se prononce “tç”.
le “j” se prononce “dz”.
le “oi” se prononce souvent “oué”.

le “r” à la fin des verbes à l’infinitif ne se prononce pas.

Quelques expressions et vocabulaire :

fégnant  coume ine barbote : paresseux comme une couleuvre.
fégnant coume ine lire : paresseux comme un loir

se brejar coma daus chins : se disputer comme des chiens.

tendre coma la rosada : tendre comme la rosée.
trempe coma  un rat : trempé comme un rat.

tombar  una rinçade, una pissade : tomber une forte averse.

abarjar : mettre le foin en meule.

abrechar : mettre un couvercle sur une cocotte ou tout autre récipient.

acoflar : couvrir, recouvrir.

adobar : arranger, raccommoder, réparer.
bachère : étroite ouverture qui permettait aux vaches de passer la tête et d’accéder dans leur mangeoire dans la grange.
balharja : orge semée au printemps.
baracat : de différente couleur, una baracade était une vache de plusieurs couleurs donc pas de race limousine.
barja : partie de la grange située au-dessus de l’étable où l’on mettait le foin et la paille.
bavous : bavard qui parle à tort et à travers.
besau  :une rigole, un ruisseau.
biaule : une étincelle du feu, un petit bout de bois enflammé que les enfants tiraient du feu et faisaient tournoyer en criant  biaule, biaule, biaule.

bironar : bricoler avec lenteur, un birou un mauvais bricoleur.
las borsicadas ou la borsadas : châtaignes cuites à l’eau avec leur  écorce.
bourri : petit débris, grain de poussière.
bredassade : lourde charge, avoir trop bu : tener una bredassade. Employé aussi pour une femme enceinte dont le ventre est  très gros.
bergossa : une vache, une brebis maigre sans valeur marchande.
brenade : soupe des cochons faite de pommes de terre et de son en général.
brette : vache d’origine bretonne.
bujadier : cuve  qui servait à faire la lessive : far la bujade .

badar : avoir la bouche ouverte, rester bouche béé.
balhar : bailler mais aussi crier ou hurler.
bicar  ou sautar : saillir pour les animaux, pour les humains  populairement : avoir des rapports sexuels.
bigougnar : remuer, fouiller, attiser le feu en remuant les braises.
boirar : mélanger en tournant avec un bouérou, mais aussi se tromper en parlant.
bolar ou boular : remplir ses chaussures d’eau en passant dans une zone marécageuse.
bourdir : très fatigué, épuisé. Bourdir un attelage en le faisant trop travailler.
bredassar : remuer, secouer, aussi faire du bruit, bruit très fort d’un orage.
se brejar : se battre pour les animaux, en particulier pour les chiens.
brochar : tricoter.
bufar : souffler ; souffler sur le feu avec un “bufadour” (un soufflet).
calhat : lait caillé ou “caillou” qui égoutté servait à faire des fromages.
calofra : enveloppe des grains.
chabra : “chèvre” trépied en bois qui maintenait le bois que l’on voulait scier pour la cuisinière.
chabro  - far chabro : mettre du vin dans son potage en général un  bouillon de pot-au-feu.
chaitivarias  - far de las chaitivarias : faire des bêtises.
clédou : petite barrière en bois qui se mettait devant les portes ouvertes pour empêcher les jeunes enfants de sortir et aussi les  volailles de rentrer dans les maisons.
coada ou couâde : louche en bois, le manche creux permettait de prendre l’eau dans le seau, l’on pouvait boire au mince  filet d’eau qui s’en écoulait ou se laver les mains.
cornude : brioche en forme de Y vendue aux Rameaux.
couderc : enclos souvent à côté ou derrière la maison où l’on faisait sortir les cochons.
una cou pelat : race de poule au cou pelé (sans plume).
cotura : grand champ pour la culture.
culard : se disait d’un veau qui avait de belles formes avec un  fort arrière-train, bon pour la viande.
culassou : panneau de bois  amovible placé à l’arrière des tombereaux pour maintenir les légumes (récolte des pommes de terre, des topinambours, des betteraves, des raves)
cavalar : chevaucher, se disait d’une vache en chaleur qui posait ses pattes de devant sur l’arrière-train d’un autre animal.
chapusar : tailler du bois avec un couteau pas très habilement.
coufir : faire sécher. Una  poume coufite était une pomme ridée, desséchée.
courir le mascara : se déguiser le jour du Carnaval ou des Cendres en passant dans   les villages pour demander des œufs

dadet  : familièrement frère.
davantau : petit tablier porté  sur le devant de la jupe des femmes.
De la vetz : parfois.

Die la la fau tau : Dieu là là faut-il

desparpalhat : débraillé, dont on voit la poitrine pour les hommes.
dadolhar : chanceler, tituber, se disait d’une personne ivre.
débraguettar : déboutonner, ouvrir la braguette.
desboirar : délayer.

Desboirar de las  crespas (préparer de la pâte à crêpes).
despissonar : enlever les germes des pommes de terre.
desrantelar : enlever les toiles d’araignées (las rantelas).

épigeous : débris de paille laissés par la batteuse et qui ne pouvaient être bottelés.

épijas : épis de blé laissés par la faucheuse et qu'il fallait ramasser à la main ; travail fait souvent par les enfants qui les
donnaient aux poules.
écafouérade : bouse liquide tombant sur le sol. Se disait aussi lorsqu’une personne tombait de tout son long.
ébouiller : écraser, écrabouiller.
s’esbrachiar : faire des grands gestes avec les bras, se ridiculiser.
emparar : laisser tomber un objet involontairement.
s’escafoirar : réduire en bouillie, familièrement aussi tomber pour une personne.

s’escampar : écarter les cuisses.
s’esmaliçar : se mettre en colère, s’énerver.
estruja : ortie.

las farcidas : les pommes de terre farcies.

fauchou : petite faux qui servait à couper les fougères, les ronces; la litière pour les animaux.
floqua : ruban noué porté dans les cheveux ou à la boutonnière.
gana : partie d’un ruisseau qui s’élargit où les vaches pouvaient boire.
gibade : ruade d’un animal.
gougnafier : mauvais ouvrier.
grou : grabat ; on mettait les chiens au grou pour la nuit sur de vieux sacs pour se coucher.
godalhar : boire sans modération.
i fou fou : cri de joie poussé au cours d’un mariage par les jeunes gens.
jarra : cuisse.
javeladour : bâton glissé sous les javelles pour les porter à la personne qui faisait les gerbes.
jalinar : féconder en parlant du coq/
japar : aboyer.
levada : rigole faite pour drainer les près.
lissade : crouton de pain frotté avec de l’ail.
lissou : gousse d’ail.
 mar : grosse branche d’un arbre.
 maraunar : bougonner, gronder.
 morniflar : gifler.
 nanet : sot, nigaud.

 nar tombar de l’aiga : aller uriner.

palhassa : paillasse, grand sac rempli de paille qui servait de sommier.
paiada : morceau de pain que l’on donnait au chien pour avoir ramener le troupeau dans le droit chemin.
pêcherie : mare située dans un pré qui servait pour l’irrigation et quelques fois de lavoir.
peillou : petit morceau de chiffon servant à essuyer les meubles. Jouant le rôle d’une éponge.
pelou : bogue épineuse de la châtaigne.
perau : petite poire ronde que l’on faisait cuire à l’eau et se mangeait avec la peau.
pétade : pet ou coup violent.
piau : cheveu.
piause : puce. Piausade chiure de puce.
pigne : peigne.

racicot : vieille dent.
ragougnasse : mauvaise cuisine.
ravassar : bricoler grossièrement.     

se revirar  : se défendre, se rebiffer.

sagne : petit pré attenant souvent à la maison, avec quelques arbres fruitiers.
segoudude : secouée, secoudre : secouer violemment.
sangonhar : salir, tacher.
somalhar :s’agissant du veau, donner des coups de tête dans le pis de sa mère lorsqu’il tête.
talot : morceau de bois attaché au cou d’un boeuf ou d’une vache pour l’empêcher de courir.
tâtissou : personne lente et trop méticuleuse au travail.
terraud ou terraude (au féminin) personne née la même année.
tirants : petits nuages effilochés annonçant le mauvais temps.
toupi : grande marmite en fonte avec une partie renflée à la base, à trois pieds.
tourté ou galetou : crêpe faite avec de la farine de blé noir (sarrasin) et cuite sur une platine placée sur des braises.
trin : crochet pour tirer le fumier.
tregnassou : arbuste chétif, ne poussant pas normalement.
trifoulet : trèfle rampant, considéré dans les jardins comme une mauvaise herbe.
tinflar : boire beaucoup trop, faire “cul-sec”.
tirossar : tirer par petits coups.
Tot d’un cop : tout à coup, soudain

triquetar : marché péniblement en boitillant.
vantaret : vantard.
vedelle : jeune génisse.
vela : tige fine de bouleau ou de genêt servant à réaliser des balais.

 

Dictons :


si t’a ia resta 8 jorns sous n’a banâte : dit à une personne qui n’aime pas un met (si tu étais resté 8 jours sous une hotte tu ne serais pas si difficile).

Annada de nósilhas, annada de filhas  (année de noisettes, année de filles – nombreuses naissances de filles).

Mon père m’avait appris ce jeu dit « faire à la  yeibre » (jouer au lièvre) on attrape les doigts de l’enfant du pouce à l’auriculaire en disant :

La yeibre au passa par qu’au prat

Quau-kyi l’o vude

Quau-kyi l’o trapade

Quau-kyi l’o sagnade

Quau-kyi  o bedyu lo sang

Et qu’au pitit marmelet qu’en vouille tant  o tombat d’in l’étang

 

Le lièvre est passé dans ce pré,

Celui-ci l’a vu

Celui-ci l’a attrapé

Celui-ci l’a saigné

Celui-ci a bu le sang

Et ce petit « marmelet » qui en voulait tant est tombé dans l’étang. (« Marmelet » est l’auriculaire).

 

 



31-05-2010 | 1101 vues

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Commentaires


COADAN
le 01-06-2010 à 17:49:51
Bonjour,Ginette, je commence demain pour être prêt pour le mois d'août, mais j' ai déja eu du mal avec le Breton, mais le principal, c'est d' arriver à bouffer quand on est dans le pays.
Dddiidou
site/blog
le 11-02-2011 à 17:17:53
Une nouvelle langue que j'apprend c'est magnifique
renee BURGUIERE
le 03-03-2011 à 23:15:56
merci Ginette pour avoir relevé tous ces mots qui chantent encore à mes oreilles. C'est dommage, j'arrive à les oublier maintenant, ne pratiquant plus.
Chaque fois que l'occasion se présente, je ne manque pas d'acheter des parutions qui me permettent de rafraichir ma mémoire. Ma grand mère ° en 1878 m'avait appris "le jeu du lièvre" ....
Bouyer Ginette
le 08-07-2011 à 16:25:29
Il me reste encore une page ou deux de patois de Folles ; êtes vous intéressée
Sansau23
site/blog
le 30-10-2011 à 11:44:44
Bonjour,

liguistiquement, le "patois" de Folles doit relever du marchois qui n'est ni d'oïl ni d'oc...
Comment conjuguez-vous chanter au futur de l'indicatif ?
i chanterai ou bien i chantara ?
Degun
le 26-01-2012 à 23:17:43
Bonjour,

Merci pour ce lexique.
Pour vous aider à y voir plus clair dans la catégorisation du "patois de Folles", je préciserais que ce parler est plutôt haut-limousin, donc d'oc, bien que très proche de l'ensemble bas-marchois/marchois que des linguistes nomment aussi "parlers du Croissant" qui est un domaine intermédiaire entre oïl et oc. On pourrait préciser que ces parlers bas-marchois/marchois, en tous cas sur leur frange méridionale (à la limite du parler de Folles), sont d'ailleurs morphologiquement d'oc et phonétiquement d'oïl. Généralement, on rattache d'ailleurs plutôt ces parlers à la langue d'oc, ou occitan, langue diverse, dont le limousin est une constituante elle-même multiple.
Mais il faut reconnaître que le marchois est une variante qui marque clairement une progression vers l'oïl.
Du point de vue graphique, vous semblez hésiter entre graphie normalisée (à l'occitane) et graphie à la française. Il faudrait sans doute systématiser votre notation soit dans un sens soit dans l'autre mais la lecture est rendue difficile pour les non-initiés ne sachant sur quel pied danser.
Vous gagneriez sans doute à utiliser une double transcription en donnant à la fois une transcription normalisée selon la norme occitane et une transcription plus dans la ligne de l'orthographe française.
ex. :
(en 1er la graphie normalisée à l'occitane, en 2nd une graphie à la française)
nòra - nore
quau-quí l'a vuda - quau-qui l'o vude
sangonhar - sangougnâ

Je note au final que quasiment tous les mots que vous donnez sont les mêmes dans mon parler des environs de Pierre-Buffière, prononcés un peu différemment. Votre parler reste donc largement haut-limousin bien que phonétiquement apparemment plus proche du bas-marchois.

Jean-Christophe Dourdet
Docteur en sciences du langage
BOUYER
le 31-01-2012 à 17:05:24
Je ne suis pas Dr en science du langage, seulement une parisienne qui a appris le patois de Folles lorsqu'enfant, pendant la guerre, j'étais dans un hameau de la comune de Folles.Je n'ai rien à gagner il suffit de connaître un peu la prononciation et vous saurez sur quel pied danser !!! J'ai 77 ans et je n'aime pas le langage que vous vous permettez d'utiliser avec une personne inconnue, qui essaye seulement de défendre notre patois qui disparait...
BOUYER
le 01-02-2012 à 21:35:55
Aujourd'hui, j'ai pu constater que dans certains villages de Dordogne, près de NONTRON, leur patois est très proche de celui de Folles ; nous nous éloignons encore plus de la ligne qui jusqu'ici indiquait la séparation entre les langues dOc et d'Oil. Je crois que personne ne peut dire qu'il parle occitan dans nos régions,seulement des dialectes dont l'écriture est souvent la même mais la phonétique différente, quelquefois à peu de kilomètres les uns des autres. ; mais issu de la langue d'Oc et donc du latin.A mon très bas niveau, Docteur, j'aime encore parler la langue de nos ancètres, si chantante et imagée. A Cassis, près de Marseille est inscrit en occitan sur le fronton de la gare " qui a vu Paris et non Cassis n'a rien vu" et avec mon patois de Folles j'ai pu facilement lire cette citation, alors langue d'Oil !!!
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