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AR le 02/12/2008 à 11:25:09
Le vendredi 10 juin 1944 à Oradour sur Glane (Les Bordes) deux enfants partent à l'école. Lui s'appelle René et a 9 ans. Elle vient de Paris car ses parents pensent qu'elle sera plus en sécurité en Limousin. C'est la cousine de René et elle a 8 ans. Elle s'apelle Madeleine.
Il y a aussi Jeanne et René. Jeanne attend un bébé et il est convenu qu'elle terminera sa grossesse à Oradour, pour être plus au calme qu'à Limoges où elle vit avec son mari.
Il y a aussi Andrée, la soeur de Jeanne.
Cette dernière a rendez-vous avec "son amoureux" Daniel. Pendant ce rendez-vous, ils entendent les allemands et courent à travers champs se réfugier aux Bordes. Il sera le seul survivant de sa famille, tous les autres ont péri à Puy Gaillard.Ils seront les premiers mariés en 1945 à la mairie provisoire.
René et Madeleine, les deux enfants, ne reviendront jamais.
Jeanne, probablement traumatisée par ce qui se passe commence à avoir les premières douleurs.Son mari et un oncle vont à Cieux chercher le médecin qui bien que juif et se sachant rechercher accepte de venir. Jeanne accouche le 11 juin d'une fille Madeleine, d'abord enregistrée à Veyrac compte tenu des circonstances puis cet acte sera transcrit par le Tribunal de Rochechouart. Madeleine est le premier enfant né à Oradour après le massacre.
Dès le lendemain René va au bourg pour rechercher Le petit frère de Jeanne et sa cousine. Ce qu'il y voit, il en parlera très peu. Mais pendant des années il n'a pu entrer dans les ruines car disait-il: "je sens toujours l'odeur". Pour ses enfants et sutout ses petits-enfants, il a surmonté cette répulsion mais jusqu'à son dernier jour, il n'a JAMAIS pu rentrer dans l'église.
Voilà l'histoire "banale" de ma famille, des gens simples qui ne demandaient rien à personne et qui ont vu leur vie basculer dans l'horreur un 10 juin 1944.
sduneigre@yahoo.fr le 18/01/2009 à 00:32:49
Pour répondre au message de Madeleine Renout du 15 janvier 2009 :
Ce témoignage est impressionnant.
Et on se demande comment deux enfants ont pu passer plusieurs heures dans Oradour le lendemain du massacre, sans que personne ne leur conseille de s'en aller.
Quelques précisions, qui viennent pour la plupart des livres écrits sur Oradour :
Une seule femme a pu sortir de l'église et échapper ensuite aux soldats allemands. Elle s'appelait Marguerite Rouffanche. Elle avait 47 ans. Elle était mère et grand-mère. Le 10 juin, elle a perdu son mari, ses filles, son petit-fils qui avait quelques mois.
Son témoignage a été recueilli, et elle était présente au procès de Bordeaux.
Elle est décédée en 1988.
Sa tombe est une étape supplémentaire sur le parcours que suivent les familles des victimes, chaque 10 juin après-midi, dans le village détruit. Les quelques jeunes gens qui ont survécu au 10 juin, portaient une affection quasi filiale à Marguerite Rouffanche.
Seule mère rescapée, unique témoin des presque derniers instants de toutes les mères du village, elle représentait le lien ultime avec les toutes les femmes assassinées d'Oradour.
Un écolier lorrain a aussi échappé aux soldats allemands. Il s'appelle Roger Godfrin. Il s'est enfui, au lieu de suivre les instituteurs et ses camarades qui ont été emmenés au Champ de Foire. Sa famille était réfugiée à Oradour et ses parents avaient souvent dit qu'il faudrait fuir si des Allemands venaient les chercher... Il avait huit ans, sa petite taille d'enfant lui a permis de se dissimuler.
Cinq hommes ont survécu à la fusillade qui a eu lieu dans la grange Laudy et ont pu en sortir alors que les Allemands y avaient déjà mis le feu.
Les autres rescapés sont des hommes, des femmes ou même des enfants qui ont pu se cacher au lieu de se rendre au Champ de Foire, et que les soldats allemands n'ont pas trouvés, ou n'ont pas réussi à arrêter en perquisitionnant dans tout le village.
Jusqu'au 13 juin, les secours qui ont pu être apportés ne l'ont été que clandestinement, puisque les Allemands n'avaient pas encore autorisé la libre circulation.
Et enfin, les photos existent. Et les tirages en ma possession sont bien de cette époque.
Sylvie
spierlet le 06/02/2009 à 10:50:28
Ma grand-mère de Châlus m'a toujours dit que les allemands s'étaient trompé d'Ouradour et devaient se rendre à Ouradour sur Vayres. Est-ce que vous savez quelque chose à ce sujet?
sduneigre@yahoo.fr le 06/02/2009 à 23:11:58
La rumeur d'une erreur entre les deux villages - Oradour sur Vayres et Oradour sur Glane - est très vite apparue après le massacre, d'après les études qui ont été faites. Sans doute parce que le manque d'explication au choix d'Oradour sur Glane était lancinant. La présence d'un mouvement de résistance à Oradour sur Vayres était connue. Il apparaissait aussi évident qu'il n'y avait rien de comparable à Oradour sur Glane. Si des représailles devaient s'exercer, elles auraient dû être dirigées plus logiquement sur Oradour sur Vayres.
Mais quand on sait que les unités SS qui sont venues à Oradour sur Glane, arrivaient de St Junien, on imagine mal qu'elles aient pu se tromper de direction de façon aussi primaire. D'autant qu'il semble acquis qu'elles étaient accompagnées par des miliciens limougeauds qui connaissaient donc bien la région.
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AR le 02/12/2008 à 11:25:09Le vendredi 10 juin 1944 à Oradour sur Glane (Les Bordes) deux enfants partent à l'école. Lui s'appelle René et a 9 ans. Elle vient de Paris car ses parents pensent qu'elle sera plus en sécurité en Limousin. C'est la cousine de René et elle a 8 ans. Elle s'apelle Madeleine.
Il y a aussi Jeanne et René. Jeanne attend un bébé et il est convenu qu'elle terminera sa grossesse à Oradour, pour être plus au calme qu'à Limoges où elle vit avec son mari.
Il y a aussi Andrée, la soeur de Jeanne.
Cette dernière a rendez-vous avec "son amoureux" Daniel. Pendant ce rendez-vous, ils entendent les allemands et courent à travers champs se réfugier aux Bordes. Il sera le seul survivant de sa famille, tous les autres ont péri à Puy Gaillard.Ils seront les premiers mariés en 1945 à la mairie provisoire.
René et Madeleine, les deux enfants, ne reviendront jamais.
Jeanne, probablement traumatisée par ce qui se passe commence à avoir les premières douleurs.Son mari et un oncle vont à Cieux chercher le médecin qui bien que juif et se sachant rechercher accepte de venir. Jeanne accouche le 11 juin d'une fille Madeleine, d'abord enregistrée à Veyrac compte tenu des circonstances puis cet acte sera transcrit par le Tribunal de Rochechouart. Madeleine est le premier enfant né à Oradour après le massacre.
Dès le lendemain René va au bourg pour rechercher Le petit frère de Jeanne et sa cousine. Ce qu'il y voit, il en parlera très peu. Mais pendant des années il n'a pu entrer dans les ruines car disait-il: "je sens toujours l'odeur". Pour ses enfants et sutout ses petits-enfants, il a surmonté cette répulsion mais jusqu'à son dernier jour, il n'a JAMAIS pu rentrer dans l'église.
Voilà l'histoire "banale" de ma famille, des gens simples qui ne demandaient rien à personne et qui ont vu leur vie basculer dans l'horreur un 10 juin 1944.
sduneigre@yahoo.fr le 18/01/2009 à 00:32:49
Pour répondre au message de Madeleine Renout du 15 janvier 2009 :
Ce témoignage est impressionnant.
Et on se demande comment deux enfants ont pu passer plusieurs heures dans Oradour le lendemain du massacre, sans que personne ne leur conseille de s'en aller.
Quelques précisions, qui viennent pour la plupart des livres écrits sur Oradour :
Une seule femme a pu sortir de l'église et échapper ensuite aux soldats allemands. Elle s'appelait Marguerite Rouffanche. Elle avait 47 ans. Elle était mère et grand-mère. Le 10 juin, elle a perdu son mari, ses filles, son petit-fils qui avait quelques mois.
Son témoignage a été recueilli, et elle était présente au procès de Bordeaux.
Elle est décédée en 1988.
Sa tombe est une étape supplémentaire sur le parcours que suivent les familles des victimes, chaque 10 juin après-midi, dans le village détruit. Les quelques jeunes gens qui ont survécu au 10 juin, portaient une affection quasi filiale à Marguerite Rouffanche.
Seule mère rescapée, unique témoin des presque derniers instants de toutes les mères du village, elle représentait le lien ultime avec les toutes les femmes assassinées d'Oradour.
Un écolier lorrain a aussi échappé aux soldats allemands. Il s'appelle Roger Godfrin. Il s'est enfui, au lieu de suivre les instituteurs et ses camarades qui ont été emmenés au Champ de Foire. Sa famille était réfugiée à Oradour et ses parents avaient souvent dit qu'il faudrait fuir si des Allemands venaient les chercher... Il avait huit ans, sa petite taille d'enfant lui a permis de se dissimuler.
Cinq hommes ont survécu à la fusillade qui a eu lieu dans la grange Laudy et ont pu en sortir alors que les Allemands y avaient déjà mis le feu.
Les autres rescapés sont des hommes, des femmes ou même des enfants qui ont pu se cacher au lieu de se rendre au Champ de Foire, et que les soldats allemands n'ont pas trouvés, ou n'ont pas réussi à arrêter en perquisitionnant dans tout le village.
Jusqu'au 13 juin, les secours qui ont pu être apportés ne l'ont été que clandestinement, puisque les Allemands n'avaient pas encore autorisé la libre circulation.
Et enfin, les photos existent. Et les tirages en ma possession sont bien de cette époque.
Sylvie
spierlet le 06/02/2009 à 10:50:28
Ma grand-mère de Châlus m'a toujours dit que les allemands s'étaient trompé d'Ouradour et devaient se rendre à Ouradour sur Vayres. Est-ce que vous savez quelque chose à ce sujet?
sduneigre@yahoo.fr le 06/02/2009 à 23:11:58
La rumeur d'une erreur entre les deux villages - Oradour sur Vayres et Oradour sur Glane - est très vite apparue après le massacre, d'après les études qui ont été faites. Sans doute parce que le manque d'explication au choix d'Oradour sur Glane était lancinant. La présence d'un mouvement de résistance à Oradour sur Vayres était connue. Il apparaissait aussi évident qu'il n'y avait rien de comparable à Oradour sur Glane. Si des représailles devaient s'exercer, elles auraient dû être dirigées plus logiquement sur Oradour sur Vayres.
Mais quand on sait que les unités SS qui sont venues à Oradour sur Glane, arrivaient de St Junien, on imagine mal qu'elles aient pu se tromper de direction de façon aussi primaire. D'autant qu'il semble acquis qu'elles étaient accompagnées par des miliciens limougeauds qui connaissaient donc bien la région.