Une rencontre inattendue...

Les vacances terminées, quittant Périgueux pour Limoges, je suis passée, avec mon fils, avant de monter la route de Paris, saluer Madame Lasgrezas, patronne du Domino (1). Se trouvaient à l'hôtel nos amis de la base américaine (2) qui nous arrêtèrent pour nous confier Mr et Mme X …., nous demandant de les promener dans ce qui reste du vieux Périgueux. Ils étaient pressés et nous aussi et je n'eus pas le temps de me faire répéter leur nom.

 

Monsieur ? Un grand gentleman coiffé d'un grand chapeau et très « good looking », un bel homme, quoi. Madame ? Une très élégante petite femme chaussée de très petits souliers sur de très hauts petits talons. Quelques diamants brillaient ça et là. Nous étions véhiculés dans une voiture USA, gabarit locomotive, conduite par un chauffeur militaire et muet.

 

Ce ne fut pas le calendrier pascal à peine visible à l'œil nu qui dut beaucoup retenir l'attention de mes deux touristes dans l'église Saint Etienne de la Cité. La poussière s'en chargea. Elle ouatait d'un épais velours gris les minutieuses sculptures des retables. Quand on est accompagné d'étrangers, cette poussière  familière aux autochtones, vous saute aux yeux et vous donne un complexe. Il s'agissait donc pour moi de justifier la présence de ce supplément poudreux de tentures. Mais avant que j'aie pu trouver une explication plausible, l'appréciation de mes touristes me fut donnée sous forme interrogative :

« Il n'y a pas d'aspirateurs à Périgueux ? ». Question posée par Madame X… bonne ménagère assurément.

 

Je m'efforçai alors d'expliquer que nous étions certes assez civilisés pour posséder des aspirateurs, mais que les échelles de la taille nécessaire ici -et nous en avions bien sûr- s'avéraient d'un maniement trop difficile pour qu'on en usât plus d'une fois tous les trois cents ans.  Et j'ajoutais que, telle celle qui habille nos bouteilles de derrière les fagots, une aussi vénérable poussière ne s'enlève pas, c'est sacré, surtout dans une église !

 

Devant la Tour de Vésone voisine et l'intérêt visible que lui prêtèrent monsieur et madame X, mon complexe se dissipa.

 

« Nos ancêtres les Gaulois campaient sur cette colline et attendaient précisément là ou vous êtes, à égale distance du Pôle Nord et de l'Equateur, que leur fût annoncée la prise d'Alésia et la         fin de la Guerre des Gaules. Ils furent assez sages pour intégrer leurs vainqueurs sans plus d'histoires, si bien qu'on leur bâtit une jolie ville près du temple dont vous voyez ici la « cella » ; les restes de son péristyle, de portiques, de théâtres, de palais, de bains publics pavés de mosaïques sont sous vos pieds. Ils seraient visibles encore autant que les ruines de Pompéi, si la municipalité entre 1906 et 1912 avait été assez riche pour acheter la terre d'où les fouilles venaient de les exhumer. On fut donc obligé de recouvrir toutes ces merveilles antiques avant de rendre le site à ses propriétaires qui y construire des maisons modernes. Hélas, les sources de la ville donnent une eau excellente mais pas de pétrole. ; ». J'ai dit « hélas » tout en pensant « heureusement » car j'imaginait mal qu'à la place de rosiers, le jardin de la Tour fût hérissé de derricks.

 

Il me revint soudain en mémoire que Monsieur X m'avait été présenté comme originaire du Texas ce qu'au seul mot de pétrole il nous confirma :

« Mais, là bas, j'ai surtout un ranch et on y rencontre plus de vaches que de derricks. D'ailleurs, j'ai fait mes études à la State teachers Normal School et j'ai commencé par être instituteur ».

 

Puis ce furent les vieilles rues dites « rues neuves »où la voiture U.S.A fit sensation en les bouchant à bloc. Cela nous obligea à visiter à pied et à la sauvette leurs trésors architecturaux tandis que je surveillais avec inquiétude les talons aiguilles de Madame X. Les rues étaient en effet « pavées d'époque » d'après un riverain sans que je puisse savoir exactement laquelle. Au bas d'un escalier renaissance ce fut, soudainement le déluge. Une pittoresque et profonde rigole creusée d'un coté de la rue, tout au long d'un couloir du Moyen- Age se mit à déverser des flots impétueux et gluants autour des fins souliers de Madame X. car c'était jour de lessive… Si, à ce moment là, les pieds trempant dans une cascade d'eau sale, Monsieur X. m'avait déclaré : » Je suis le prochain Président des Etats-Unis, j'aurais peut-être répondu : « Et moi, la future épouse du roi de Patagonie (3)

 

 J'aurais eu  bien tort. C'était lui…

 

Je reconnus quelques mois plus tard, sur la couverture du magazine « Time » consacrée à Lyon Baines Johnson, sénateur du Texas, le nouveau Vice-président des Etats-Unis. La Base américaine de Périgueux ne put que me confirmer son voyage d'inspection en tant que Sénateur et le fait évident que, lui ayant fait grimper tous les escaliers à vis de la ville, j'avais bien rempli la mission à moi confiée.

 

La frêle petite dame qui frétillait douloureusement à ma suite sur les pavés était Madame Johnson Lady Bird. Ce prénom ne signifie pas « oiseau » mais coccinelle (choix de sa nourrice qui, devant le menu poupon –Claudia Taylor- jugea que « Claudia » faisait trop solennel).

 

Après le drame qui endeuilla si tragiquement son pays, Lady Bird devint, d'abord provisoirement, la première Dame des Etats-Unis. Mais, quelques jours avant l'élection, qui, en novembre dernier (4), maintint Johnson à la Maison Blanche, je reçu d'Amérique une question effarante :

« Le Président Johnson est il un bon mari ? ». Cela venait d'un groupe d'électrices , anciennes camarades du Michigan côtoyées dans les années 20..D'après elles, puisque j'avais passé un jour plein ,avec mon fils en compagnie du couple, je devais savoir… De mon opinion, dépendrait leur vote

et elles étaient six !

 

Que pouvais-je répondre ? Après m'être concertée avec mon fils qui avait été le factotum de la visite et qui avait une vue évidemment masculine du problème,  nous avons  considéré que Johnson  n'avait point profité des anfractuosités et des recoins sombres et nombreux formés par la pierre calcaire des maisons des rues neuves, pour embrasser sa femme comme l'auraient fait des amoureux. Il la soutenait tout le temps de  la visite de main ferme surtout quand il s'agissait de cheminer sur les pavés malaisés prometteurs d'entorse.

 

En mon âme et conscience, je ne pouvais répondre que par l'affirmative.

 

Grâce à une journée passée en Périgord, guidé par des Limougeauds, Lyndon Baines Johnson eut donc 6 voix de plus.

 

P.C.C : Jean-Claude VERGER-PRATOUCY

 

1)      c'est elle qui dirigea entre les deux guerres, avec son mari, l'Hôtel Vialle, au 48 rue François Chênieux

2)   nous sommes en 1965

3)     et encore, à presque un siècle prés, cela aurait pu être !

4)     1964


Article ajouté le 2009-10-13 , consulté 61 fois

Commentaires


Sophie le 14/10/2009 à 23:21:49
Histoire tout à fait extraordinaire et racontée avec grand talent!

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Vie Limousine, us et coutumes, patois "

Imprimer cet article

Retour aux articles

Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion